Tout est possible

Ironman Austria

Jamais facile de savoir par où commencer quand il faut résumer une telle journée, tout raconter, décrire les sentiments par lesquels on passe, est impossible…mais je vais essayer de vous en restituer un fragment.

Depuis quelques semaines maintenant, je savais et j’étais même certain que les entrainements faits n’étaient pas suffisants,  pas assez de km en vélo, les dernières semaines natation très perturbées, à la limite, seule la course à pied était bien mais là aussi, après un bon pic de forme début juin, la pente me semblait être dans le mauvais sens à l’approche de cet ironman. Bref, l’objectif était : je vais jusqu’au bout, ce ne sera pas pire que 2010, ben oui ! Il y avait quand même du positif aussi, contrairement à l’année passée, je n’ai pas eu de problèmes de santé dans les dernières semaine de préparation, le fait de peut-être en avoir fait un peu moins a fait que j’étais d’une plus grande fraicheur en cette fin juin et dans les 7 derniers jours, l’arrêt de mes activités sportives et de bonnes nuits de sommeil  ont très vite fait de me remettre en meilleur forme, les derniers jours de récup furent capitaux.

C’est donc après 1200 km de voiture et un arrêt à Munich qu’enfin je découvrais Klagenfurt, 1000 km sous la pluie et là enfin du temps sec. Après un petit temps de décompression, je file déjà chercher mon dossard et pars à la découverte du village expo…un ironman, vous pouvez arriver sans aucun matos et tout acheter sur place…mais faut une solide carte visa ! Donc après avoir regardé sans rien acheter, il est temps de retourner à l’hôtel…le temps qui me sépare du départ sera fait de repos et rythmé par les obligations de l’organisation. Le vendredi, je vais quand même faire un petit repérage des lieux de départ et de transition…surtout, ne pas trop marcher non plus, le soir c’est la pasta party qui m’occupera quelques instants, des 4 iron que j’ai maintenant faits, c’est loin d’être la meilleure. Un peu trop de monde pour l’espace disponible.

Le samedi, 2 choses au programme, le briefing en français et le dépôt du vélo et des sacs de transitions. En allant, vers le briefing, je croise Raphael Doyen un autre membre du club qui participe aussi à la course, comme beaucoup d’autres, il est en train de faire un petit footing et comme sans doute beaucoup d’autres, il croit que le briefing se fait à 12h, là aussi, petit reproche à l’orga, un site internet pas toujours rafraîchi en profondeur car les infos reçues sur place et celles indiquées sur le site ne sont pas toujours les mêmes. Donc direction le briefing français, italien, espagnol, en moins d’une heure tout est balancé. Et retour à l’hôtel pour préparer les sacs Run et Bike pour les transitions de dimanche. Vers 13h, je me présente à l’entrée du parc, il y a déjà une belle file devant moi mais je suis quand même dans les premiers, le parc est encore vide, une fois mon vélo scanné et ma photo prise juste à côté du vélo, je peux enfin accéder au parc, je cherche d’abord mon emplacement, je suis tout dans le fond, rangée 33, juste le temps de placer mon vélo, de mettre une protection en plastique, je prends quelques photos et me voilà parti pour mettre en place mes sacs de transition, un bleu et un rouge, l’un pour la course à pied avec juste une casquette et les baskets, sans oublier une frangipane !, l’autre pour le vélo avec casque, lunettes, essuie, top, chaussures vélo… bref, j’en avais mis plus que ce qu’il n’en faut. Après cela, redirection hôtel, concentration, repos…

Et puis arrive le jour J, la nuit fut courte autant parce qu’on arrive pas à dormir que parce qu’il faut se lever tôt, à 4h du matin, c’est parti, une journée inoubliable commence. Elle débute par un solide petit déjeuner, l’hôtel où je suis étant rempli de triathlètes, on ressent déjà dans l’atmosphère une certaine fébrilité, on sait tous qu’on va en baver…et on aime ça ! Puis, un petit retour à la chambre, il faut prendre les bidons, la pompe vélo, maillot, bonnet, lunette et…combi. Vers 5h30, je suis à côté de mon vélo, il faut regonfler les roues et y mettre de quoi boire et manger, dans un bidon, j’ai mis du coca et dans l’autre de l’overstim, je retourne voir où sont mes sacs car depuis hier, il y en a beaucoup d’autres en plus, je me retourne aussi pour repérer le trajet que je vais devoir faire dans le parc puis j’en sors pour me diriger vers le bord du lac.Vers 6H15, je suis au bord de l’eau, je ne suis pas encore en combi, j’ai encore bien le temps, juste le temps de se vider l’esprit, de s’imprégner de l’atmosphère ambiante faite à la fois d’euphorie, de nervosité, d’anxiété…un moment spécial dan un lieu magnifique au soleil levant. La natation se fait en une seule boucle on doit virer deux fois sur notre gauche avant de faire un long tout droit qui nous conduit dans un canal assez étroit, la sortie de la natation se fait sur la pelouse d’un hôtel 4 étoiles. Ne voulant pas me prendre les nageurs se rabattant, je prends le départ à l’extrême droite, ce qui ne m’empêchera pas d’être ennuyé au début de la natation, il faudra plusieurs centaines de mètres avant d’être un peu plus tranquille. Un peu avant la mi-course, soit juste au deuxième virage, je regarde ma montre, il est 7h29, là je me dis: »il te reste encore plus de 1500 m tu risques fort de passer 1H10″  mais bon, je continue, je nage aussi bien que possible, personne pour m’embêter, à l’approche du canal, je stresse un peu mais finalement là aussi c’est peinard, on ne se tape pas dessus même s’il est très étroit. Finalement, je sors enfin de l’eau, il est 8h02…c’est tout bon…transition assez rapide et me voilà sur ma machine.

Je pars assez vite, mais je sais que je dois gérer au mieux, rouler sans douleur et bien me ravitailler pour ne pas exploser, les sensations sont bonnes, la vitesse aussi, le parcours est ultra roulant mais parsemé de quelques bosses que je franchis assez bien, c’est d’ailleurs souvent l’occasion de reprendre quelques concurrents m’ayant dépassé un peu plus tôt. Pour les ravito, je fais au mieux en étant également attentif à ne pas trop surcharger mon estomac surtout en gel et en coca. Bref, le premier tour se passe très bien, je le boucle en 2h30 et rêve de faire aussi bien pour le second. Début de la seconde boucle, le turning point me permet de croiser Raphaël, rien de surprenant, je m’attendais à ce qu’il me rattrape. Je commence le second tour comme le premier mais au fil des km, je sens que les jambes commencent à flancher, les quadriceps font la grimace, il me devient difficile de pousser sans y avoir de grosses douleurs, vers le 110ème km, le calvaire commence réellement, passage à vide des jambes, impossible de refaire de gros efforts, il va falloir la jouer sur l’expérience et une bonne gestion du vélo par rapport au terrain pour limiter la casse et ne pas voir la moyenne s’effondrer, dans les montées que je passais si facilement deux heures avant, je suis à la ramasse ne passant plus le 11km/h dans certaines, je rame, je rame, doucement ma moyenne s’écrase…enfin arrive la dernière vraie bosse, après ça descend  ou presque pendant une vingtaine de km, en plus d’avoir très mal dans les cuisses et les genoux , j’ai également mal au niveau des trapèzes et un peu au dos, pas facile de trouver une bonne position dans ces conditions. Tout cela ne me laissait présager rien de bon pour la suite. Enfin, le parc à vélo est en vue.

Ouf, je peux enfin descendre du vélo et m’en débarrasser pour filer vers le point final de cette journée, passage dans la tente de transition, j’enfile basket et casquette, les douleurs ont disparu, je regarde ma montre, mon esprit est encore assez clair pour très vite faire une petite déduction à savoir que même si je fait le marathon en 3h30, je bats mon record…en 4h, je suis dans les même temps…en 3h j’atomise mon record… »en avant, rien à perdre tout à gagner » Je file comme d’habitude partant sur une allure supérieure à 4’/km, je me dis que ça tiendra bon au moins 20 km, les km passent, j’alterne l’eau et le coca aux ravito, de temps en temps un gel et des fruits. Les km passent, tout va bien, il y a de temps en temps des petits hauts et des petits bas mais cela reste raisonnable et gérable sans trop me ralentir. Le 20ème km arrive, le mur est attendu…. Au loin, j’aperçois Raphaël rentré vingt minutes plus tôt que moi au parc à vélo, il est bien parti pour faire également sous les 10h. Alors qu’il nous reste une dizaine de km, je le dépasse, nous nous dirigeons alors vers la ville pour l’ultime demi-tour. Il reste moins de 10 km pas de coup de mou, l’organisme tient bon, les jambes sont aussi bonnes qu’au premier km, en direction du centre de Klagenfurt, nous avons sur plusieurs km un léger faut plat, l’aller est donc un peu plus dur que le retour, enfin j’arrive dans le centre, je fais le tour du monument, très vite je recroise Raphaël qui n’est pas très loin de moi. Une odeur d’arrivée commence à se faire sentir, il doit rester 4 ou 5 km, je regarde ma montre, je me dis que ça doit être possible de le faire en 9h42, mais ce record et cette odeur d’écurie me redonnent de bonne jambes pour les derniers km, c’est l’euphorie de la fin, alors je fonce droit devant, les km passent les uns après les autres, je suis enfin de retour à l’europapark centre névralgique de l’épreuve, bifurcation sur la droite vers le finish, je longe le lac, ultime virage, je passe une arche ironman, mes yeux sont rivés sur ce chrono qui indique 9h38…je suis entre les deux tribunes, effectuant les derniers mètres, je n’entends rien, je ne vois plus que ce chrono, c’est inimaginable, je flotte presque, il y a juste moi, ce chrono et la ligne d’arrivée, le reste a disparu, un moment irréel.

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